Sobriété et durabilité
A chaque époque ses tendances.
Aujourd’hui, plus que jamais, les temps sont à la sobriété, que ce soient des couleurs ou des matériaux. Les progrès technologiques vont de pair avec les économies d’énergie, facilitant de grandes ouvertures ou un jeu décalé des fenêtres sur les façades.
Architecture d’accompagnement, imitant l’ancien? Ou, au contraire, bâtiments expérimentaux, aux lignes résolument modernes? En Suisse romande, comme ailleurs dans le pays, le paysage bâti n’est pas déterminé par la seule vision de l’architecte ou de sa clientèle. L’Etat et les communes ont leur mot à dire, et dans certains cantons ou certaines régions, plus que d’autres. Malgré tout, des tendances, obéissant tant à la mode, qu’aux contraintes énergétiques et techniques, sont observables. Rapide tour d’horizon, non exhaustif.
La vision architecturale
Pour que l’architecture d’aujourd’hui s’exprime, celle-ci doit se confronter à trois contraintes fondamentales: légales, financières et techniques. L’emplacement, la forme et l’espace de l’objet à bâtir sont déterminés par l’équilibre entre ces trois prérequis. Commence alors la phase créative, proprement dite, où le client exprime une vision idéale de la maison. L’architecte y répond en exprimant son savoir-faire technique et sa créativité artistique. Tout projet est, par définition, évolutif.
L’influence de l’Etat et des communes
La Confédération et les cantons, mais encore les communes ont leur mot à dire sur vos projets de construction. A l’échelle du territoire national, le Conseil fédéral a décidé de mettre en vigueur, au 1er mai 2014, la loi sur l’aménagement du territoire, partiellement révisée, et l’ordonnance sur l’aménagement du territoire révisée. Cette révision prévoit des mesures contre le mitage du territoire. Chaque canton a aussi sa propre vision du développement territorial. Et dans les communes, les bureaux techniques des constructions ont également une influence déterminante sur vos projets immobiliers. Les architectes en témoignent, il devient de plus en difficile d’obtenir la moindre dérogation architecturale. Le temps manque, aujourd’hui, aux élus communaux pour discuter de tel ou tel projet. Les exécutifs se retranchent de plus en plus derrière les bureaux techniques, qui se bornent, souvent, à appliquer le règlement à la lettre.
Les tendances actuelles
En Suisse romande, dans certains villages, pas une maison ne ressemble à une autre. Couleurs, formes, toits plats ou non, il y en a pour tous les goûts. Néanmoins, comme le note Yves Favre, associé du bureau module H architecture SA, à Etoy (VD), certains éléments de construction réapparaissent souvent dans l’environnement nouvellement construit: «Nous constatons, entre autres, un engouement pour les garde-corps en verre.» Une tendance qu’Yves Favre juge intéressante, dès lors toutefois que le bâtiment bénéficie d’une situation intimiste, comme c’est le plus souvent le cas dans les biens d’exception. Dans un environnement urbain, par exemple, la transparence n’est pas forcément de mise. Et pourtant, l’usage du verre est désormais répandu sur les balcons de PPE. Du point de vue des couleurs, la sobriété est de mise. Les façades aux teintes vives n’ont plus trop la cote. Les murs sont généralement recouverts d’un crépi discret, venant recouvrir les structures isolantes, qui ont au moins 40 centimètres d’épaisseur. Au niveau des carrelages, la tendance n’est pas non plus à la fantaisie. Et la clientèle privilégie des carreaux de grand format. Yves Favre observe aussi un certain goût pour les ouvertures de façades décalées: «On joue sur les formats de fenêtres et sur leur disposition, pas forcément alignées.» L’évolution des techniques de chauffage et d’isolation permet aux architectes de laisser entrer bien plus de lumière dans les intérieurs. De nombreuses ou larges surfaces vitrées sont désormais privilégiées.
Ce qui ne se ferait plus
Le béton et le bois sont moins visibles qu’avant la crise des années nonante. Si les structures porteuses sont en béton, les doubles parois en béton sont très rares, car hors de prix. De même, «on en voit plus de grands éléments préfabriqués en béton,» explique Yves Favre. Si bon nombre de bâtiments carburent encore au mazout, ce type de chauffage n’équipe plus les nouvelles constructions. Chauffage au gaz, pompes à chaleur et capteurs solaires prennent le relais. «Le développement durable est un mot à la mode. Je dirais qu’il s’agit d’être avant tout rationnel, en fonction des énergies à disposition sur la parcelle».
Différences régionales
Sur Vaud, par exemple, l’architecture expérimentale a de beaux jours devant elle au niveau institutionnel ou dans les grands projets. Au niveau des communes, les particuliers verront leur projet se heurter à plus de résistance qu’en Valais ou sur Fribourg et Neuchâtel, où les projets de maisons individuelles, de type contemporain, ont plus de chance d’aboutir. Les différences régionales sont marquées et c’est d’ailleurs tant mieux.