Le prestige, quand il est justifié, se paie toujours au prix fort

Les prix ont baissé dans le luxe.

Les prix ont baissé dans le luxe. Mais quand ils sont au bénéfice d’une situation exceptionnelle, les objets immobiliers de prestige continuent à se négocier aux prix forts. La clientèle qui dispose des moyens d’accéder à ce segment du marché s’avère sérieuse dans sa recherche de tranquillité et de sécurité.

Ce n’est pas un scoop : les prix de l’immobilier de prestige ont baissé en Suisse. La correction est plus ou moins forte, selon les régions et les situations particulières. A Genève, par exemple, où les biens d’exception sont nombreux, les professionnels situent l’adaptation tarifaire aux environs de 3,5% en 2015. Une première, après une hausse interrompue depuis le mitan des années nonante. Désormais plus accessibles, bon nombre de projets de haut standing n’en trouvent pas moins difficilement acheteur. « Tout ce qui dépasse le million peine à être financé, observe Nicolas Indermühle, administrateur associé de Pierre Etoile et administrateur de la société de construction générale Geneco SA. C’est paradoxal, si l’on considère le niveau historiquement bas des taux hypothécaires. Pour comprendre, il faut s’intéresser à la pratique des banques, toujours plus frileuses.» De moins en moins prêteurs, soucieux de couvrir leurs arrières, les établissements bancaires ont effectivement des exigences susceptibles de décourager certains acheteurs qui se tournent alors vers des objets moins prestigieux.

« A partir de 1,8 millions de francs, les banques se limitent à assurer 60% du financement, affirme Christophe Paratte, administrateur d’Ariex Développements Immobiliers SA. Pour un bien de 2,5 millions, l’acheteur doit aujourd’hui disposer de près d’un million de fonds propre. Voilà qui limite  forcément le nombre potentiel de clients.» Mais quand elle est présente, cette clientèle est jugée intéressante par Stéphane Keck, sous-directeur de Gerofinance-Dunand | Régie de la Couronne, et responsable des Agences de la Riviera : « Pour la clientèle dite de prestige, nous avons, certes, moins de clients. Ils sont toutefois très sérieux et motivés dans leur recherche d’un bien immobilier. » Stéphane Keck constate notamment la présence d’une clientèle française, en quête de résidences principales. Et de  noter que les objets idéalement placés se payent au prix fort. Près de 30’000 francs le mètre carré construit pour un appartement en attique situé au Quai des fleurs, une adresse de prestige à Montreux. Une gamme de prix justifiée par la qualité de vie exceptionnelle de la Riviera, idéalement située au bord du Léman, bien desservie par les transports publics et routiers et à distance plus que raisonnable des luxueuses stations valaisannes.

A Pully, a contrario, la proximité immédiate du lac n’a pas suffi à maintenir un tel niveau de prix sur les rives de Chamblandes. Le mètre carré construit se situe désormais dans une fourchette de 15000 à 20000 francs. A Jongny, dans les hauts de Vevey, le mètre carré se négocie à 10000 francs dans le cadre des « Balcons de Lavaux », un ensemble d’appartements en PPE réalisés pour le compte d’Ariex Développements Immobiliers SA. A ce tarif-là, et compte tenu aussi de la situation exceptionnelle de cet ensemble d’appartements, face au lac et aux montagnes, et dominant un vignoble inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, la clientèle est au rendez-vous.

En Valais, Marc d’Andiran, sous-directeur et responsable des agences Gerofinance-Dunand | Régie de la Couronne et BARNES Suisse, observe un mouvement positif à Crans-Montana : « Nous avons de nouvelles demandes d’acquisition pour des chalets se situant dans une fourchette de prix allant de  5 millions à 8 millions de francs. Ils sont prisés par une clientèle française, belge, mais également nationale. » En réalité, la baisse de prix pour ce type d’objets d’exception n’a pas été significative. « Ce sont avant tout les appartements qui ont baissé de 10 à 15%, » fait remarquer Marc d’Andiran.
Et si l’on a pu craindre la fuite des acheteurs étrangers fortunés, dérangés par les nombreux freins à l’évasion fiscale, un nouveau phénomène joue en faveur des Alpes suisses : la paix et la stabilité, deux atouts considérables dans la recherche d’un bien de prestige. « Actuellement, l’on ressent, malgré la cherté du franc suisse, un regain d’attractivité pour la Suisse, notamment en raison des récents attentats qui ont touché Paris et Bruxelles,» explique Marc d’Andiran.

A noter enfin que la notion de prestige, en tant que telle, n’est pas absolue. « Un bien de prestige se définit, de prime abord, par la situation de l’objet, » affirme Stéphane Keck. La qualité de l’environnement se mesure au type de quartier où se situe l’immeuble, au dégagement, à la vue, au voisinage et à la protection contre des nuisances sonores ou autres. Bien entendu, la qualité des finitions et des aménagements compte aussi. Dans un cadre luxueux, il s’agit aussi d’étudier le niveau des prestations associées à l’habitat : spa, fitness, piscine, jacuzzi, services de conciergerie ou autres. Pour Alain Paratte, également administrateur d’Ariex Développements Immobiliers SA, la notion de prestige passe par celle de la satisfaction du client : « Quand la situation et l’objet correspondent très exactement à ses désirs. »